L’augmentation des ventes en ligne en Suisse est exponentielle.
L’étude récemment publiée par Datatrans intitulée « E-Commerce Report Suisse 2017 », fait état d’une augmentation des ventes de l’ordre de 8% enregistrées en 2016.
Toujours selon cette étude, « l’existence même du commerce des biens de consommation dans son ensemble est remis en question, entre autre par la numérisation. Et ceci, indépendamment du fait qu’un commerçant vende en ligne ou pas ».
La croissance de e-commerce touche tous les domaines d’activités, même celui de la vente de produits alimentaires qui a bondi de 28% l’an dernier dans le monde. L’e-commerce alimentaire a été particulièrement dynamique dans les zones déjà très utilisatrices comme la Chine (+34%), la Corée du Sud (+22%), la Grande Bretagne (+20%) et la France (+12%).

Qu’en est-il de la Suisse ? Va-t-elle suivre la tendance ? Quelles sont les spécificités de ce marché ?

 

 

Les « drives » : une success story (presque uniquement) française

En France, selon une étude publiée le 30 mars 2017 par Promise Consulting, 5% des sondés ont répondu avoir réalisé leurs achats sur internet.
Ils seraient d’ailleurs plus satisfaits de leurs achats que les sondés ayant effectués leurs courses via le circuit traditionnel.
Selon une autre étude, les français seraient même 41% à avoir réalisé au moins une fois des achats alimentaires sur internet !
Le système qui s’impose le plus en France est celui du « click & collect », du « drive ».
L’internaute via une application ou un site web, choisis ses articles, remplis son panier et paie sa commande en ligne en choisissant l’horaire de retrait qui lui conviendra le mieux.
Il ira ensuite récupérer sa commande dans les « drives » mis à disposition des enseignes, majoritairement rattachés aux leader du secteur de la grande distribution comme Leclerc, Auchan ou Carrefour.
La livraison à domicile quant à elle, reste minoritaire et concerne principalement les zones ultra-urbaines (Paris, grandes métropoles) où les domiciles présentent notamment des contraintes d’accès (appartement avec étages sans ascenseurs par ex.).

Particulièrement bien implantés dans l’hexagone, les clients qui commandent dans les drives dépenseraient en moyenne 76 dollars, contre 36 dollars en magasin physique.

 

Premier arrivé, premier servi

Stéphane Roger, directeur global shopper and retail chez Kantar Worldpanel, a noté depuis un an « des changements importants dans la structure de nombreux distributeurs et marques. Mondelez, Walmart, Pepsico, Coca-Cola, Procter & Gamble et Unilever ont chacun mis en oeuvre des plans pour garantir l’avenir de leurs ventes en ligne ».

Et les gagnants « sont ceux qui investissent les premiers. Tesco en Grande Bretagne, et E.Leclerc en France peuvent se réjouir d’une part de marché de leur commerce en ligne deux fois plus importante que celle de leurs concurrents, arrivés plus tardivement ». Et il reste du monde à convertir. En France, près d’un ménage sur quatre a déjà acheté des produits de grandes consommation en ligne, ce qui en laisse encore 3 sur 4 à convaincre.

 

 

Drive ou livraison à domicile : à chaque pays ses spécificités

Si en France les points de retraits rencontrent un certain succès (malgré, rappelons-le, 10 années difficiles) ce n’est pas toujours le cas pour les pays voisins. En Allemagne par exemple, le PDG de Rewe nous fait part de sa surprise face au désintérêt des allemands pour l’achat de produits alimentaires en ligne : « j’ai été étonné par le fait que, contrairement à leurs homologues français, les clients allemands ne sont pas intéressés par l’achat en ligne et le retrait de leurs courses dans un magasin. » Alain Caparros, PDG de Rewe, dans une interview à Handelsblatt, le 27 janvier.
De plus, dans les pays où la livraison à domicile est développée comme c’est le cas en Angleterre ou en Suisse, le drive n’est conçu et perçu que comme un service complémentaire. Les drives ne sont donc pas développés avec une vision stratégique de conquête d’une nouvelle clientèle mais plutôt comme une valeur ajoutée pour l’enseigne. Il semblerait également que les polonais soient plus friands de livraison à domicile que de drive : «Tous les magasins n’ont pas vocation à en accueillir. Les Polonais aiment surtout la livraison à domicile, ce n’est encore qu’un début. » Pascal Carreras, adhérent et responsable du développement international chez Leclerc.

Le cas de la Suisse : « mi-figue mi-raisin »

Selon le dernier rapport de l’institut GfK Suisse, la part des produits alimentaires vendus en ligne représente 1,8% de tout le commerce de détail et de 14% pour les produits non alimentaires. Des chiffres peu élevés comparés au marché français.
La Suisse était désignée comme l’élève prometteur du drive avec l’ouverture de deux points de retrait Leshop.ch (groupe Migros). Cependant, Leshop.ch a annoncé récemment dans un communiqué de presse la fermeture de ces deux drives implantés à Studen et Staufen.
En effet, L’entreprise souhaite avant tout développer son nouveau service PickMup (points de retraits et de retours de colis) au détriment des drives, jugés pas assez rentables. Le réseau compte à ce jour 334 magasins retraits dans toute la Suisse.

Conclusion

Si la marge de progression en Suisse concernant le e-commerce alimentaire est énorme, le marché évolue et s’adapte rapidement aux besoins des utilisateurs. Les leaders dominent encore largement le secteur bien que de plus en plus de sites e-commerce voient le jour et se démarquent en proposant la vente de produits thématiques et spécialisés : bio, produits du terroir, produits provenant de commerçants locaux…
Le dynamisme du marché ainsi que sa forte croissance laisse présager un bel avenir au e-commerce alimentaire en Suisse et dans le monde.